Le président égyptien émet des réserves sur le procès des journalistes d'Al-Jazeera
07-09-2014 23:37
La mauvaise publicité provoquée par les longues peines de prison prononcées à l'encontre de 3 journalistes de la chaîne d'information continue Al-Jazeera semble être une épine dans le pied de l'Égypte. En effet, le président Abdel Fattah al-Sissi l'a reconnu, à mots couverts, estimant que les journalistes n'auraient jamais dû comparaître devant la justice. Avec cette prise de position, la question d'une éventuelle grâce présidentielle se pose.
La dernière déclaration du président égyptien a suscité l'étonnement. Abdel Fattah al-Sissi avait pourtant déclaré qu'il ne s'immiscerait pas dans les décisions de justice... Alors s'agit-il d'un revirement du chef d'État ?
AYMAN AL-SHAWWAF
Rédacteur en chef, Quotidien Dostour
"J'étais présent lors de la réunion avec le président, il est à noter qu'il n'avait rien à voir avec cette affaire, car elle a débuté 6 mois avant son élection. La liberté a ses limites. Il a déclaré qu'il soutenait la liberté d'expression mais sans dire qu'il leur accorderait sa grâce."
Le président élu a en effet le pouvoir de grâcier un nombre illimité de personnes.
Mais en cas de mauvaise utilisation de ce droit, le retour de bâton peut être douloureux.
L'ex-président Mohamed Morsi en avait fait les frais, après avoir grâcié plus de 100 Islamistes condamnés à la prison, parmi lesquels l'homme accusé d'avoir assassiné le président Anouar el-Sadate. Une décision qui avait déclenché la colère de la population. Et c'est exactement ce que le président égyptien actuel cherche à éviter.
KHALED SAMIR
Chercheur, Centre Al-Hram d'études stratégiques
"La chaîne de télé est perçue par la plupart des Égyptiens comme un soutien aux Frères musulmans, groupe aujourd'hui interdit, elle est également propriété d'un pays accusé de soutenir et financer les activités de cette même organisation. Le geste d'une grâce présidentielle pourrait alors être considéré comme une victoire des Frères musulmans."
Les journalistes d'Al-Jazeera : l'Australien Peter Greste, Mohamed Fahmy porteur de passeports canadien et égyptien, ainsi que l'Égyptien Baher Mohamed ont été condamnés à des peines de 7 à 10 ans de prison pour diffamation à l'encontre de l'Égypte et pour avoir aidé les Islamistes hors-la-loi. Le jugement avait soulevé un tollé et une demande de grâce présidentielle de la part de la communauté internationale. Cela dit, l'opinion publique égyptienne dans sa majorité, soutient la décision du tribunal.
MOHAMED MOHY
Habitant du Caire
"Parce qu'ils soutiennent un groupe terroriste, ils méritent la prison."
AHMED KHALILI
Habitant du Caire
"Il ne s'agit pas de liberté d'expression. La liberté ne permet pas de porter atteinte à notre pays."
YASSER HAKIM
Le Caire
" D'après les experts, si le président Al-Sissi souhaite accorder sa grâce aux journalistes, il devrait le faire après que tous les recours soient épuisés, ce qui prendra encore plusieurs mois. Mais d'ici là, l'opinion publique égyptienne pourrait finalement accepter une telle décision."